Eau : « Le potentiel d’application du #BigData est très vaste »

Ces innovations "sont très utiles en termes de résilience face aux événements extrêmes que réchauffement global pourrait déclencher", estime Bertrand Camus.
Ces innovations « sont très utiles en termes de résilience face aux événements extrêmes que réchauffement global pourrait déclencher », estime Bertrand Camus. (Crédits : DR)

La numérisation des données fournies par les réseaux d’eau potable et d’assainissement s’est sensiblement accrue au long de la dernière décennie, observe le directeur général Eau France de Suez, Bertrand Camus. Mais leur potentiel n’a pas encore été entièrement exploré.

Des milliers de capteurs et compteurs intelligents pour surveiller l’ensemble des installations, reliés à une dizaine de tours de contrôle capables de piloter en temps réel les interventions : le réseau d’eau géré par Suez se numérise, en prenant l’aspect d’un panoptique du XXIe siècle. Le groupe français, spécialisé dans le service d’eau potable et d’assainissement, a inauguré cette semaine son 7e Centre Visio, rassemblant et exploitant, grâce à des logiciels développés en interne, cet ensemble de données. Situé à Montgeron, dans l’Essonne, le centre a dû passer son test en pleine période de crue de la Seine, démontrant son efficacité.

Avant la fin de l’année, ces tours de contrôle devraient être entre 10 et 12, pour 14 agences régionales, prévoit Suez. Bertrand Camus, directeur général Eau France, explique pourquoi le big data est devenu incontournable aussi dans ce secteur.

LA TRIBUNE – L’eau et le big data: l’alliance est-elle nouvelle ?

BERTRAND CAMUS – L’acquisition de données pour améliorer l’exploitation des réseaux d’eau et favoriser la prévention des accidents n’est pas une nouveauté. Mais depuis les années 2000, avec la prise de conscience par les pays occidentaux qu’ils sont aussi concernés par la question de l’accès à l’eau, la demande de services digitalisés de la part des collectivités locales et des consommateurs s’est accrue, ainsi que le nombre de recherches et d’expérimentations dans ce secteur. Désormais, SUEZ comptabilise 2,6 millions de compteurs d’eau télé-relevés vendus en Europe dont 1,6 million en France, et plus de 500 clients européens bénéficient de l’ensemble de nos solutions digitales.

La gamme de données disponibles et utilisables en temps réel  s’est ainsi élargie, avec un impact sensible en termes de gestion des ressources et de qualité des services rendus. Aujourd’hui, la digitalisation est l’un de nos quatre axes stratégiques de croissance. Nous avons anticipé une croissance annuelle moyenne du chiffre d’affaires du groupe -incluant nos activités en matière de déchets- de 10% sur ce marché à fort potentiel.

Qu’est-ce qu’apporte notamment le big data aux services de gestion de l’eau?

En matière de gestion de l’eau, soumise à de lourdes contraintes, le digital offre des opportunités particulières d’amélioration du service public. D’une part, nos réseaux étant enterrés, nos interventions sont plus compliquées. De l’autre, nous devons respecter des règles rigoureuses tant en termes de qualité de l’eau potable que de rejets dans l’environnement. Une meilleure maîtrise des données améliore par ailleurs notre relation avec nos clients, que nous pouvons par exemple alerter dès lors que, grâce aux données collectées, nous constatons une fuite dans leur réseau.

Aujourd’hui toutefois, le potentiel en matière de valorisation des données et d’application du big data est encore très vaste dans notre métier. On n’en saisit que progressivement tous les intérêts. La valeur des informations fournies par la télé-relève par exemple, initialement mise en place avec le seul objectif de faciliter l’élaboration des factures, est apparue seulement après 7-8 ans de recherches.

Quel rôle peuvent jouer les données que vous récoltez dans la lutte contre le changement climatique?

Elles sont très utiles en termes de résilience face aux événements extrêmes que réchauffement global pourrait déclencher. Non seulement nous pouvons fournir un apport fondamental aux autorités au moment de l’élaboration des plans de crise, mais en croisant nos informations nous pouvons aussi les alerter sur l’imminence d’un danger.

Ces innovations aident aussi à optimiser les décisions et à moduler les interventions en fonction de la situation: par exemple à décider si et quand fermer une plage en fonction de la qualité des eaux de baignade mesurée en temps réel -ce que nous proposons déjà par exemple avec la collectivité de Biarritz-. Ces données nous servent aussi à faire de la perspective quant aux problèmes et aux solutions du futur: par exemple, comment gérer les approvisionnements de la France dans 20 ans, lorsque l’eau que nous consommons ne sera plus stockée sous forme de neige sur les Alpes? La possibilité de mieux suivre la consommation de nos clients nous permet enfin de davantage l’orienter en fonction des ressources disponibles, en différenciant la tarification.

Centre Visio de Suez à Mongeron

Est-ce que la digitalisation de l’eau risque-t-elle de devenir un privilège occidental?

Non, car pour les pays en voie de développement, il s’agit d’une opportunité comparable à l’avènement du téléphone portable: en permettant de contrôler à moindres coûts le fonctionnement et la qualité d’une panoplie d’installations autonomes, elle évite la construction d’infrastructures centralisées très chères. Des innovations telles que la télé-relevé sont d’ailleurs adaptables à divers réseaux: elles peuvent par exemple fonctionner en fréquence radio.



Par Propos recueillis par Giulietta Gamberini

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