Cannes : pour DreamWorks, pas de succès sans #bigdata

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La conception du film Les Trolls, qui sortira en novembre, a nécessité 200 terabytes de données,, 500 millions de fichiers digitaux et 250 milliards de pixels.
La conception du film Les Trolls, qui sortira en novembre, a nécessité 200 terabytes de données,, 500 millions de fichiers digitaux et 250 milliards de pixels. (Crédits : Dreamworks)
Le célèbre studio d’animation, connu pour les franchises Shrek et Madagascar, a présenté à Cannes son prochain long-métrage, Les Trolls. DreamWorks estime que la profession d’ingénieur prend une place de plus en plus importante dans la conception des films animés et se considère avant tout comme une entreprise technologique.
On a coutume de présenter le cinéma comme le royaume des conteurs d’histoires et des faiseurs d’images. Mais depuis quelques années, il devient aussi, et de plus en plus, la chasse-gardée des ingénieurs, data-analystes et autres concepteurs d’algorithmes. Surtout dans le domaine du cinéma d’animation, où le film se façonne de A à Z à partir de logiciels. Désormais, l’usage du big data s’y industrialise.

Les Trolls, dernier-né des studios DreamWorks Animation, en est la dernière et la plus spectaculaire incarnation. Partiellement présenté au festival de Cannes (sa sortie est prévue en novembre), ce dessin animé produit par le chanteur Justin Timberlake raconte les mille et une facéties d’un groupe de poupées colorées et poilues. Pour le concevoir, il aura fallu utiliser pas moins de 200 terabytes de données, indispensables pour créer des images toujours en mouvement, d’une perfection technique inégalée. En sachant qu’un terabyte équivaut à mille milliards d’unités, on peut bien parler de big data.

Course à la technologie
« Le succès d’un film dépend de plus en plus de sa technique, qui doit être mise au service de l’histoire », explique Kate Swanborg, la responsable de la communication technologique et alliance stratégique de DreamWorks. L’objectif : « créer une expérience de visionnage exceptionnelle et un engagement du public plus important, qui fera que pendant ses 6 semaines d’exploitation en salle  -en moyenne-, le film rapporte le plus d’argent possible », ajoute-t-elle.

Comme la plupart des films de DreamWorks, Les Trolls a été conçu en quatre ans. 500 millions de fichiers digitaux et 250 milliards de pixels ont été nécessaires pour créer les effets visuels. Sur ces quatre ans, deux ont été consacrés à l’écriture du scénario et à la construction du récit. Les deux années suivantes ont été utilisées pour construire l’univers visuel, image par image, avec force de détails, grâce au travail acharné d’une armée d’ingénieurs, abeilles ouvrières d’un projet mené à une échelle industrielle.

« Face à la concurrence, l’innovation ne se fait plus au niveau du scénario mais au niveau de notre architecture technique et de notre capacité à créer et à exploiter de la data », affirme Kate Swanborg. Les spectateurs sont de plus en plus exigeants sur la qualité technique, il faut les épater en permanence. La technique est le point d’entrée dans l’histoire, l’univers visuel prime. C’est ce support technique qui nous permet de créer le film le plus attirant possible pour la cible que nous visons -les familles-, et pour convaincre le public de rester 90 minutes dans une salle de cinéma, sans aucune distraction ».
Entre 200 et 250 millions de dollars
Cette course à la technologie permet de maximiser les chances de succès du film, autrement dit d’en faire une véritable machine à cash. Un impératif dans le contexte actuel. En effet, la concurrence ne cesse de s’intensifier : environ 300 films sortent tous les ans en salle. Et elle se diversifie. « Désormais, nos concurrents sont non seulement les autres studios d’animation mais aussi les franchises comme Star Wars, les jeux vidéos comme World of Warcraft ou encore les séries télévisées comme Game of thrones. Il est plus difficile de se distinguer », résume Kate Swanborg.

Si rien n’est laissé au hasard, c’est parce que les sommes en jeu sont colossales. Surtout quand on sait qu’il faut quatre ans pour faire un film d’animation et qu’un films DreamWorks coûte en moyenne entre 200 et 250 millions de dollars. Le studio, qui sort deux films par an, joue donc gros en cas d’échec commercial. « Chacun de nos films est conçu selon une mécanique précise qui vise à le faire entrer systématiquement dans le top 10 des films de l’année », ajoute la businesswoman.

Cette ambition est indispensable. Car ces dernières années, DreamWorks n’a pas réussi à tenir la dragée haute à ses concurrents. Disney, grâce notamment à sa filiale Pixar, a connu de grands succès avec La reine des neiges, Vice Versa, Cars 2 ou encore Monstres academy, tandis que Blue Sky s’est taillé une jolie réputation grâce à son « hit » L’Age de glace. Au contraire, les franchises de DreamWorks ont quelque peu accusé le coup (Madagascar 3 et Les Pingouins de Madagascar, Dragons 2, Kung Fu Panda 2) et ses nouvelles productions n’ont pas rencontré le succès espéré (M. Peabody, En route, Turbo).

Les Trolls, un enjeu stratégique pour DreamWorks
Les conséquences de ces déceptions ont été massives. L’entreprise a dû supprimer 500 postes début 2015 et réduire le rythme de ses sorties, de trois à deux films par an. En avril dernier, elle a enfin réussi à se faire racheter. Après plusieurs tentatives auprès de cablo-opérateurs, c’est finalement avec Comcast que le mariage se fera.

     Lire aussi : DreamWorks Animation racheté par Comcast

Cette opération, finalisée pour 3,35 milliards de dollars, devrait permettre à Comcast d’augmenter son offre de contenus grâce aux films, aux parcs d’attractions et aux produits dérivés issus de l’univers DreamWorks. De son côté, le studio se renforcera en se rapprochant du propre studio d’animation de Comcast, Illumination Entertainment, qui s’est illustré récemment avec les fameux Minions et le film Moi, moche et méchant.

La pression est donc importante pour Trolls. D’où la présence de DreamWorks à Cannes pendant le festival. Grâce à ses liens avec le constructeur informatique HP, partenaire officiel de la quinzaine, le studio a pu présenter quelques images du film pendant le festival et ainsi lancer sa campagne promotionnelle, qui devra monter en puissance jusqu’en novembre.

Les deux entreprises partagent depuis des années une alliance technologique fructueuse. HP fournit à DreamWorks toute le matériel utilisé par les ingénieurs pour créer les films. De son côté, HP cherche fortement à changer son image, notamment auprès des jeunes. S’associer à DreamWorks et au festival de Cannes lui permet de se façonner une image d’entreprise innovante et glamour, qui lui fait défaut auprès du grand public

Par Sylvain Rolland
http://www.latribune.fr/technos-medias/cannes-pour-dreamworks-pas-de-succes-sans-big-data-572560.html

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