Big Data et l’avenir du monde?

Il s’agit d’une révolution universelle, dont les enjeux et les risques sont comparables à la découverte de l’énergie nucléaire et de ses applications.

En outre, cette révolution met en jeu les valeurs sur lesquelles sont fondées nos sociétés.

On tend, actuellement, à faire des big data les instruments essentiels des progrès à venir pour le bien-être de l’humanité.

Les exemples qui se multiplient, concernant l’intérêt des big data en matière de santé, la réduction du coût de la santé, le diagnostic et le traitement des maladies, ne sont pas le fait du hasard, mais « le ruban attrayant d’un paquet cadeau » ! En effet, ces perspectives, si séduisantes qu’elles puissent être, ne représentent qu’une part de l’accroissement rapide d’un marché mondial, qui pourrait atteindre 24 milliards de dollars l’an prochain.

Avec un recul de quelques années, on peut affirmer que les big data ne constituent pas une mode passagère, mais que, désormais, Il faut « vivre avec », en étant particulièrement vigilant quant au risque de voir battues en brèche, au nom de l’intérêt général, les valeurs humaines et les droits qui constituent le socle de nos sociétés. Les perspectives qu’offrent les big data en matière de contrôle, de surveillance, d’influence sur le comportement des individus ont de quoi inquiéter. La « matière première » des big data est constituée principalement, de données personnelles. On en justifie l’exploitation par des fins d’intérêt collectif.

Dans tous les pays, les progrès de la médecine fascinent l’opinion, quel que soit leur niveau de développement. Prévenir les maladies, améliorer la santé, vaincre la mort, sont les rêves de l’humanité, qu’alimentent la confiance dans la recherche et le pouvoir des chercheurs.

L’exemple du cancer est le plus révélateur. Sa fréquence augmente dans le monde entier. Dépistage et traitements améliorent le pronostic. L’espoir de guérison et la possibilité de choisir « un » traitement, pour « un » malade, ce que l’on appelle « le traitement personnalisé du cancer », et, plus généralement « la médecine personnalisée », progressent grâce au développement des big data.

Les données individuelles, aussi « intimes » que le génome et le séquençage de l’ADN, représentent un énorme capital, dont ceux qui le détiennent ne prennent aucun engagement à l’égard des personnes concernées quant à l’utilisation de leurs données. Le « consentement par clic de souris » parfois évoqué par les internautes, ne saurait constituer un blanc-seing pour toute utilisation ultérieure, et le stockage de milliards de données dont l’anonymisation est fragile, ne les met pas à l’abri de piratage.

« L’analyse de gigantesques volumes de données » – on parle d’un doublement tous les 12 ans – « fait apparaître des corrélations, qui se substituent à l’obsession de la causalité » (V. Meyer-Schönberger, et K.Cukier). Cette phrase apparaît comme une menace, celle de la « vassalisation de la recherche scientifique ». Privilégiant l’analyse de plus en plus fine des corrélations, la tentation sera forte de… se passer des chercheurs. L’annonce et le suivi, par Google Flu, de l’épidémie de grippe H1N1, avant l’apparition de tout symptôme, donnent à réfléchir. À quoi bon déterminer les souches microbiennes et l’origine des contaminations qui « arriveraient toujours trop tard » ?

Il est peu probable que ces réserves et ces mises en garde puissent suffire, pour décider de marquer une pause dans le développement effréné des big data. Plus inquiétante devrait être la connaissance des risques de « déshumanisation ». L’individu est enivré par « le progrès » qu’on lui laisse entrevoir. Il est incapable de protéger ses données personnelles, abandonnant toute résistance, à travers son Smartphone, Google, Apple, Facebook, ses cartes de toutes sortes y compris bancaires, sa géolocalisation, aujourd’hui, le torrent des 15 milliards d’objets connectés, (dont des tee-shirts pour enregistrer les battements de cœur) « alimente » lui-même le big data qui sera parvenu à le dominer sans combat. Ses propres données, il les aura lui-même  » aliénées » sans espoir de retour.

La réalisation d’un monopole mondial ne peut être exclue, imposant son pouvoir dans les domaines politiques, financiers, médiatiques. D’ores et déjà « 80 % des données personnelles mondiales seraient détenues par les quatre grands acteurs, les GAFA: Amazon, Apple, Facebook et Google, et les liens entre Google et le mouvement transhumaniste ne sont pas fortuits.


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