« A qui reviendra le trésor » du marché du #bigdata ?

"Le marché du big data devrait peser près de 50 milliards de dollars (44,2 milliards d’euros) en 2019, grâce à une croissance annuelle moyenne de 23 % entre 2014 et 2019, selon le cabinet d’études Gartner".

« Le marché du big data devrait peser près de 50 milliards de dollars (44,2 milliards d’euros) en 2019, grâce à une croissance annuelle moyenne de 23 % entre 2014 et 2019, selon le cabinet d’études Gartner ». PHILIPPE HUGUEN / AFP

Par Claude Molly-Mitton, président de l’association des utilisateurs SAP francophones

Nous sommes aujourd’hui au cœur d’un changement, de même ampleur que la révolution industrielle du XIXe siècle, qui nous fait entrer de plain-pied dans la civilisation numérique. Dans cette nouvelle ère, nous commençons à comprendre que la « donnée » va prendre la place centrale. Tout va tourner autour de sa variété, de son volume, de la vitesse à laquelle on y accède, mais aussi de sa véracité et plus encore de la valeur de son usage. Ce qui fait dire à beaucoup que les données numériques seront le pétrole du XXIe siècle.

La donnée vaut de l’or, mais à qui revient le trésor ? Si l’avènement de la « société de la donnée » n’est pas sans poser de nombreuses questions éthiques, notamment sur notre dépendance numérique, potentiellement source de perte de liberté individuelle, elle est aussi au cœur d’un débat économique crucial. En effet, le marché du big data devrait peser près de 50 milliards de dollars (44,2 milliards d’euros) en 2019, grâce à une croissance annuelle moyenne de 23 % entre 2014 et 2019, selon le cabinet d’études Gartner.

Et si les entreprises sont prêtes à dépenser tant d’argent pour récolter, structurer, et analyser leurs données, c’est qu’elles sont aujourd’hui convaincues que la donnée a une valeur clé. Dans son rapport de 2015 (« Ambition numérique »), le Conseil national du numérique réclame « le droit de permettre la portabilité effective des données, tant d’un point de vue technique que juridique (licences de droits de réutilisation associés)…, afin d’ouvrir la possibilité d’une réexploitation dans un environnement différent… et de maintenir des passerelles entre grands écosystèmes concurrents… ».

Aucun sens, hégémonie

Ce débat est aujourd’hui au cœur des discussions entre les éditeurs de logiciels et leurs clients. Il anime en particulier, depuis près de deux ans, la communauté des utilisateurs des solutions SAP. Ceux-ci se plaignent en effet de la volonté de l’éditeur de leur faire payer une sorte de droit de péage, dit « accès indirects », pour utiliser leurs propres données lorsqu’elles sortent des solutions SAP pour aller vers d’autres applications.

Derrière ce vocable d’« accès indirects » se cachent plusieurs notions techniques et juridiques complexes, mais, pour résumer, cela revient à dire que – les données à la sortie d’un logiciel n’étant plus tout à fait les mêmes qu’à leur entrée – l’utilisateur doit payer une redevance non plus seulement pour la licence du logiciel, mais aussi pour le droit d’utiliser ses propres « nouvelles » données à l’extérieur de celui-ci !

Les entreprises utilisatrices dénoncent une pratique commerciale injustifiée, qui vise seulement à compenser la baisse de marge que l’éditeur subit sur la vente traditionnelle de licences

Imaginons que tous les éditeurs fassent de même… Un tel modèle économique n’a aucun sens, si ce n’est d’imposer leur hégémonie sur le système d’information des entreprises. C’est totalement inacceptable. Et pourtant, SAP n’hésite pas à appliquer son modèle même a posteriori sur des contrats déjà signés et réclame des sommes parfois astronomiques. L’USF, l’association des utilisateurs SAP francophones (USF), est en permanence sollicitée par des clients traumatisés, le plus souvent à l’occasion d’un audit de conformité, utilisé par l’éditeur comme levier de pression commerciale. Conséquence : de plus en plus de clients hésitent aujourd’hui à continuer d’investir dans les systèmes SAP…

L’éditeur y voit une défense de ses droits d’auteur. Les entreprises utilisatrices, elles, dénoncent une pratique commerciale injustifiée, qui vise seulement à compenser la baisse de marge que l’éditeur subit sur la vente traditionnelle de licences, en raison de l’évolution structurelle de son marché, notamment en Europe.

Dans ce cas comme dans d’autres, le combat autour de la propriété et, par extension, du partage de la valeur de la donnée, ne fait que commencer… Espérons seulement que nous n’entrons pas dans un monde où le kidnapping des données de leurs clients ramènerait plus d’argent aux éditeurs que le seul développement de leurs solutions !

Claude Molly-Mitton est président de l’association des utilisateurs SAP francophones (USF). Indépendante de SAP, l’USF regroupe près de 3 100 membres, dont 75 % des entreprises du CAC 40, 62 % de celles du SBF 120 et 50 organisations publiques.

 

Claude Molly-Mitton (président de l’association des utilisateurs SAP francophones (USF))
En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/economie/article/2016/04/22/a-qui-reviendra-le-tresor-du-marche-du-big-data_4906800_3234.html#UKDGQgvWgORHjwI4.99

Publicités