Big data et autre artifice d’intelligence

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Le Big data et l’intelligence artificielle sont au centre des préoccupations et sont le rêve ou le cauchemar ultime des hommes sur terre. Entre réalité et fantasmes, où se situe vraiment l’intelligence artificielle à côté de l’intelligence tout court ?
Big data et autre artifice d’intelligence

Imaginez un bibliothécaire sur son lieu de travail. Le gars est propre, poli, bien comme il faut. Il sait lire, écrire, compter, il a deux bras, deux jambes, deux oreilles, tout fonctionne, il peut aller et venir. Il connait parfaitement sa bibliothèque, les différents rayons, les coins, les recoins. Il vous dit bonjour, il est prêt à vous rendre service. Il a juste un problème : ses étagères sont vides ! Pas un livre dans les rayons.

Eh bien ce gars là, c’est une intelligence artificielle. Aussi smart qu’il puisse être, il ne sera jamais capable de vous fournir le service que vous lui demandez. Impossible pour lui de vous prêter « Les Misérables » de Victor Hugo ou « Le Petit Prince » de Saint-Exupéry pour la simple raison qu’il ne les a pas en stock ! Étagères vides. Pas de contenu. Son intelligence ne sert pas à grand-chose. Elle est artificielle.

En revanche, si vous lui livrez des bouquins, il saura vous orienter dans le dédale de la bibliothèque, retrouver les ouvrages qui vous intéressent, les feuilleter avec vous pour vous en donner les meilleurs passages, bref, vous rendre le service que vous lui demandez. Là, son intelligence a l’occasion de s’exprimer à fond. Et elle fait merveille.

Eh bien, pour le sacro-saint Big data et la désormais incontournable intelligence artificielle, c’est un peu la même chose. Explication.

On a tout entendu sur le Big data et l’intelligence artificielle. Pourtant, je vais essayer de vous en dire quelque chose de nouveau. Figurez-vous que le Big data et l’IA, c’est vieux comme le monde ! La capacité à appréhender beaucoup de données, à les analyser et à les restituer (avec plus ou moins de précision) existe depuis des lustres. Et l’extraordinaire machine capable de réussir cet exploit, vous la connaissez parfaitement : c’est vous, c’est moi, c’est l’être humain !

En terme de services digitaux, lorsqu’on l’évoque tout ça, de quoi parle-t-on ? D’un service capable de me géolocaliser pour me proposer un restaurant sympa ? D’un autre capable de dessiner des graphiques après mon jogging ? Tout ça est intéressant, mais pour le moment, l’intelligence (au sens humain du terme) digitale est assez limitée.

Le seul moyen de favoriser l’intelligence de l’intelligence artificielle, c’est de lui fournir un maximum de contenu où elle puisera de quoi vous donner la réponse que vous attendez. Livrée à elle-même, l’intelligence artificielle est plus artificielle que réellement smart… Si, préalablement, vous n’avez pas imprimé quelque part dans le logiciel de votre bot que tourner à droite est l’inverse de tourner à gauche, il se trouve bien dépourvu quand il doit choisir la bonne direction.

Le Big data, et sa petite cousine l’IA, sont donc tributaires de la banque de données mise à leur disposition. C’est leur stock. Une sorte de mémoire basée sur l’expérience. Le vecteur d’expression de leur intelligence. Cette banque de données est indispensable pour permettre à la machine de vous surprendre. Car aucune machine ne pourra vous annoncer l’arrivée de la pluie si sa base de contenus n’a pas accès à la météo.

Beaucoup d’acteurs de ce business ont, pour le moment, fabriqué des supers calculateurs dont la seule vraie valeur ajoutée est d’être plus rapide que vous et moi pour analyser pléthore de données, établir éventuellement des corrélations, avant de restituer un contenu sous forme de conseils ou d’informations.

D’autres acteurs, eux, ont fait l'(énorme !) effort de produire et de catégoriser un immense contenu, en plus de la conception d’une machine plus habile qu’intelligente. Ici, la killer solution n’est pas l’algorithme lui-même, mais ce qu’on lui donne à manger pour qu’il puisse exprimer quelque chose, intelligemment. Finalement, ce n’est pas l’intelligence de la machine, mais l’expertise de ceux qui adressent le service qui fait la différence. Au fond, la machine est une usurpatrice. À la base, son intelligence n’est que potentielle. Mais elle devient réelle par la grâce des contenus mis à sa disposition. Et là, elle fait merveille.

Par Christophe Brun

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