Sommes-nous les esclaves consentants du numérique ?

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Ne l’oubliez jamais : en matière de numérique, si c’est gratuit, c’est que vous êtes le produit ! (Photo via Visualhunt.com)
Présent sur le salon Documation qui se tient du 6 au 7 avril Porte de Versailles, à Paris, l’avocat Yves Bismuth, spécialiste du droit des nouvelles technologies et de la communication, est intervenu lors d’une conférence dédiée à la valeur de la donnée. Selon lui, nous sommes dans une servitude volontaire vis à vis du numérique.
« La connexion est devenue notre passion, le stockage notre adage et le partage notre addiction ». C’est en ces termes que l’avocat Yves Bismuth, spécialiste du droit des nouvelles technologies et de la communication, entame sa démonstration. La conférence « Intelligence digitale : la valeur d’usage de la data, ouvrir le champs des possibles » bat son plein, en ce premier jour de Documation, et on s’attend à ce que les datas (sur toutes les lèvres de ceux qui arpentent les allées du salon) soient, là aussi, portées aux nues.

Un peu de notre liberté contre un peu de numérique

Connaissance client, marketing, risk management, développement durable, innovation ou encore gestion des ressources humaines… La conférence présidée par Alain Juillet (ex-DGSE et actuel président de l’Académie de l’Intelligence économique) nous promet de « révéler l’intelligence de la donnée […] pour affiner, comparer ou inventer des propositions optimales, ciblées, efficientes ». Bref, de créer de la valeur avec les datas. Chefs de projets, porteurs d’innovations et représentants de startups remplissent les rangs, combles, de la salle de conférence.

Dès sa prise de parole, Yves Bismuth surprend l’assemblée : il nous parlera aujourd’hui des menaces que fait peser le numérique sur nos libertés individuelles. « Nous sommes esclaves du numérique, annonce-t-il sans détour ; nous sommes même dans une servitude volontaire car nous ne pouvons plus nous passer au quotidien de ses technologies ». Et de nous expliquer de façon limpide comment nous acceptons régulièrement de perdre un peu de notre liberté contre un peu de numérique (le téléchargement gratuit d’une application contre un peu de données personnelles est un exemple typique de ces petits renoncements). « Pire, ajoute-t-il : nous considérons même parfois que c’est normal ! ».

Protéger l’individu contre lui-même

« Le droit est là pour protéger l’individu contre lui-même, poursuit Yves Bismuth ; en matière de numérique, des lois devraient nous protéger également ». De la même façon qu’il est interdit de faire commerce de son propre corps (si vous l’ignorez, sachez qu’il vous est par exemple interdit de vendre un de vos reins ou n’importe quelle cellule vous appartenant), l’avocat explique que l’on ne devrait pas pouvoir s’auto-mutiler d’une partie de sa vie privée. Et ce, même si on le souhaite. Prônant une jouissance paisible du numérique, Yves Bismuth demande à ce que la plus grande vigilance soit de mise concernant nos libertés.

Lâchez la bride sur nos données

Quelques minutes après cette intervention, c’est au tour de Cédric Rosemont, directeur de l’innovation de Consort NT et spécialiste du big data du Syntec Numérique de prendre la parole. Il est alors mis en avant comme « l’un des meilleurs représentants de cette économie à fort potentiel de développement » (= le numérique). Son discours, qui tranche radicalement avec l’intervention d’Yves Bismuth, présente l’enjeu actuel de l’économie numérique, qui est d’aller vers toujours plus d’automatisation avec le souci constant de donner de la valeur aux données. « Les scientifiques de la donnée sont devenus le Graal ! », s’exclame-t-il, expliquant ensuite que l’innovation nécessite que nous acceptions de lâcher un peu la bride sur nos données afin de profiter de l’immensité des services rendus par le numérique. Il prend alors exemple sur l’appli santé présente dans tous les iPhones d’Apple, expliquant qu’il a accepté sans retenue de partager une bonne dose de ses données personnelles avec la marque à la pomme.

Choix conscient

Yves Bismuth, qui sait pourtant où il a mis les pieds, manque de s’étrangler : « C’est bien ce que je disais, lâche-t-il, nous sommes devenus des esclaves consentants ». Alors, quelle posture adopter vis à vis de nos données personnelles et du numérique ? Vigilance ou lâchez prise ? Au moins, désormais, le choix sera conscient.

Par Clémence Jost
http://www.archimag.com/univers-data/2016/04/07/sommes-nous-esclaves-consentants-numerique

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