Internet : une pollution bien réelle

Des mails envoyés par milliards chaque jour, des millions de requêtes quotidiennes sur les moteurs de recherche…Les Technologies de l’information et de la communication (TIC)* ont inondé nos vies. Jusqu’à polluer notre environnement, autant que le trafic aérien. Un monde virtuel à l’impact bien réel.

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Un message à délivrer, une information à vérifier, un document à télécharger… Internet s’impose à nous comme un réflexe. Nous communiquons à l’envi, surfons à l’excès, convaincus d’être irréprochables. Pourtant la masse – qui ne cesse de grossir– de courriels, de vidéos, de données partagées, et surtout stockées, pollue notre environnement.

200 milliards de mails

Chaque jour, 200 milliards de mails (hors spam) sont envoyés dans le monde. Or, ils génèrent beaucoup de CO2 . D’après l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, une entreprise de 100 personnes serait, sur une année, responsable à travers ses seuls mails, de treize tonnes d’équivalent CO2 : autant que treize vols allers-retours Paris – New York !

Aussi surprenant est l’impact d’une recherche sur Internet. Sur une année, chacun des 29 millions d’internautes français effectue en moyenne 949 recherches Internet ; ce qui correspondrait au total à l’émission d’environ 287000 tonnes d’équivalent CO2 par an, soit à près de 2 milliards de kilomètres parcourus en voiture!

À ce rythme, toujours croissant, la contribution des technologies de l’information et de la communication (TIC) aux émissions de gaz à effet de serre pourrait atteindre 4% en 2020 en Europe (contre 2 % en 2005), selon un rapport commandé par la Commission européenne en 2008. Soit plus que la pollution engendrée par le trafic aérien.

« La face cachée »

On s’est plu à croire aux vertus de la dématérialisation, à la magie du virtuel. Moins de déplacements, moins de transport, et par conséquent moins d’impact écologique. La réalité est autre, bien plus complexe. Le monde connecté suppose des équipements et des infrastructures bien réels. C’est ce que certains appellent la « face cachée » des TIC*. Derrière nos ordinateurs, des kilomètres de câbles, par lesquels transitent les masses d’informations échangées, des serveurs de stockage et des centres de traitement des données. Ces derniers, les data center – environ 4000 dans le monde – consomment énormément d’énergie, notamment parce qu’il faut refroidir les serveurs en permanence. Les plus gros centres produiraient plus d’électricité que des villes de 100 000 habitants. Les géants de l’informatique ne l’ignorent pas. Et cherchent à utiliser les éléments naturels (l’air, l’eau…) pour refroidir leurs serveurs et diminuer la consommation électrique. « Des efforts sont effectivement entrepris par les fournisseurs de service, souligne Françoise Berthoud, ingénieur de recherches au CNRS, mais ça ne peut suffire à compenser l’explosion des TIC, il y a encore beaucoup à faire… »

À notre petit niveau pour commencer puisqu’une meilleure gestion de nos échanges virtuels pourrait limiter notre empreinte carbone. Ainsi, d’après l’ADEME, « réduire de 10 % l’envoi de courriels incluant systématiquement un responsable et un de ses collègues au sein d’une entreprise de 100 personnes permettrait un gain d’environ une tonne équivalent CO2 sur l’année, soit un aller-retour Paris – New York ». On essaie ?

* TIC ou technologies de l’information et de la communication, soit l’ensemble des équipements utilisés pour le traitement et le stockage de l’information : du téléphone portable, tablettes et autres petits équipements aux serveurs et espaces de stockage des données en passant par les réseaux d’interconnexion, téléviseurs, périphériques etc.

Par Delphine d’Haenens
http://www.lavoixdunord.fr/france-monde/internet-une-pollution-bien-reelle-ia0b0n3335262

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