Choc de confiance sur l’ouverture des données en élevage

© V. Gobert/GFA

« Les entreprises sont-elles frileuses ? », demande-t-on dans la salle pleine à craquer. « Elles sont là », répond Jérémie Wainstain, cofondateur de la start-up The Greendata, invité de la première table ronde. Puis beaucoup de rires un tantinet gênés se font entendre dans l’assemblée du colloque « Vers un élevage 3.0 » se déroulant jeudi 11 février à Paris.

C’est dire que le sujet semble sensible. L’ouverture des données de l’élevage pourrait pourtant rendre plus compétitive la filière. La journée est à l’initiative d’Allice et de l’Agenae.

Mais le constat est amer. « Aujourd’hui nous n’avons rien sur le lait. Pourtant nous avons tout essayé », déclare encore Jérémie Wainstain. « L’élevage accuse du retard alors que beaucoup de données sont disponibles. Non seulement les structurations sont complexes mais en plus les bases de données sont sans accès. J’ai abandonné ». Peu avant, M. Wainstain expliquait le succès rencontré dans la filière betterave sucrière avec l’ouverture des données, et les gains empochés. Alors pourquoi autant de « méfiance » dans la filière élevage ?

D’autant que les événements se bousculent. La veille, l’Acta et Arvalis inauguraient l’ouverture d’Api-Agro, une première plateforme de données ouverte très axée sur les filières végétales – même si « elle comprend un jeu de données de l’élevage » tenait à préciser un dirigeant d’Idele dans la salle. « Il y a encore du travail à faire sur la BDNI mais il y a déjà des valorisations, comme sur la FCO », a-t-il ajouté, avant de finir par dire : « si Jérémie Wainstain a une solution sur la question des prix, on l’embauche ».

Peu avant, Jean-Marc Bournigal, président de l’Irstea, précisait qu’un grand portail de données agricoles était bien en projet : « ouvrons les données, elles sont déjà accessibles pour la plupart (..) on leur donne une modalité d’accès, ça ne veut pas dire que la donnée est gratuite. D’autant que le portail n’est pas forcément coûteux. Il peut fonctionner à moins de 500 000 euros par an. Ce n’est pas le souci. Le souci c’est plutôt le partage, se dire collectivement qu’on peut bouger ».

« Vous avez des données 1 000 fois plus structurées que le monde végétal »

Faisant référence à la BDNI, M. Wainstain fait réagir Laurent Pavard, président du conseil des systèmes d’information du ministère de l’Agriculture : « je suis convaincu de la puissance d’information de la BDNI, mais il faut faire attention au secret industriel et commercial, il ne faut pas détruire d’autres valeurs ». « Il faut qu’on en sorte, répond M. Bournigal, je connais bien cette BDNI (…) les données qui seront dans le portail seront des données publiques ou financées par le public ». « Il faut sortir du principe de précaution », ajoute M. Wainstain. « On fait et on contrôle. On travaille en ce moment sur des données bancaires du Crédit Agricole donc les données de la BDNI… » Une phrase non terminée et très applaudie par la salle.

Quelques instants plus tôt, Hervé Pillaud, éleveur auteur d’Agronumericus, pointait l’incohérence de Groupama dans le fait de tester l’image satellite dans son nouveau produit d’assurance prairie « avec tout ce qu’on propose déjà. Il est essentiel d’avoir de la transparence et de la confiance. Il faut être intelligent et partager les données disponibles sur l’exploitation ».

« Il faut arrêter les querelles de clocher et voir l’intérêt supérieur, celui de l’éleveur », déclare enfin Christiane Lambert, vice-présidente de la FNSEA. « Pour cela, la question de la gouvernance est essentielle ». Une question au cœur de la prochaine réunion de travail des animateurs de la plateforme Api-Agro, avec aussi la question de business model, qui arrive très vite dès ce vendredi 12 février. Les lignes bougent donc rapidement. Peut-être un peu trop pour l’élevage français. Dans ses filières, la balle semble pour le moment dans le camp du machinisme « où le retour doit être à l’éleveur », se défendait Timo Joosten, chef de produit Lely. Le développement de capteurs de façon très cloisonnée dans ce domaine tire la production et le traitement de données ainsi que la proposition de services, tout comme en génétique ou en assurance. La confiance sur la donnée n’est pour le moment pas transversale. Elle n’est pas encore près d’être ouverte.

par Vincent Gobert

http://www.lafranceagricole.fr/actualites/big-data-elevage-choc-de-confiance-sur-louverture-des-donnees-en-elevage-1,0,570392137.html

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