Big Data agricole : pourquoi tant d’agitation ?

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Depuis la rentrée de septembre 2015, dans le secteur agricole, on ne parle que de ça. Ce mot est sur toutes les lèvres, tous les grands titres de presse spécialisée en ont fait leur une. Pourquoi en ce moment ? Pourquoi cet affolement soudain dans le milieu agricole pour le Big Data ?

Big Data agricole : n’exagère-t-on pas un peu ?

N’en déplaise aux plus gênés face à ce terme anglais déroutant, l’expression « Big Data » convient très bien à la situation observée dans l’Agriculture. Le volume de données généré par les agriculteurs est tel qu’une réflexion sur la manière de les compiler et de les analyser est nécessaire.

Les agriculteurs produisent une quantité folle de données, sans parfois même en avoir conscience. Il suffit d’analyser le lait avec un robot de traite, d’actualiser les données du logiciel de gestion parcellaire ou d’utiliser les réseaux sociaux, et des données sont générées. Pas besoin donc de posséder les derniers cris en matière de technologie agricole pour produire du Big Data ! Notons que le taux de connexion des agriculteurs est l’un des plus élevés, et le serait encore davantage si la couverture internet était généralisée sur l’ensemble du territoire.

Pourquoi cette agitation ? Parce que les poids s’y intéressent

En mai 2015, nous apprenions que Google (via son fond de placement Google Ventures) devenait l’investisseur principal de Farmers Business Network (FBN), une entreprise américaine qui collecte et analyse du Big Data sur les activités agricoles. Le principe de fonctionnement est simple : les agriculteurs qui souscrivent à l’offre de FBN peuvent contribuer et avoir accès à l’immense base de données partagées et produites par les agriculteurs entre eux.

En savoir plus sur Farmers Business Network

Un intérêt pour l’analytique agricole qui avait déjà été amorcé par des acteurs plus traditionnels du secteur, comme John Deere (société américaine spécialisée dans la fabrication de matériel agricole) ou Monsanto qui a racheté en 2013 l’entreprise Climate Corporation, spécialisée dans l’analyse des données météorologiques très pointues et fondée par… des anciens salariés de Google. Comment expliquer l’engouement pour le Big Data agricole de ces géants ?

Pourquoi cette agitation ? Parce que le Big Data peut être une solution !

Il faut en avoir conscience : l’Agriculture devra nourrir une population qui pourrait dépasser les 9 milliards d’individus en 2050, selon la FAO. Produire plus, tout en économisant les ressources naturelles et en respectant l’environnement, une priorité bien intégrée par les agriculteurs, qui sont, rappelons-le, les premières victimes du changement climatique.

La multiplication des données agricoles et leur exploitation est une piste. La banque néerlandaise Rabobank estime ainsi que l’essor du numérique en agriculture (multiplication des données, développement des algorithmes) assurera, sur 80% des surfaces dédiées aux principales productions mondiale, un accroissement des rendements de 5% en moyenne.

Smart farmingLes résultats sont encourageants. On note par exemple chez des vignerons espagnols une réduction de 20% des produits phytosanitaires et une amélioration de 15% de la production, grâce à l’utilisation de capteurs.

Tout l’intérêt est de coupler des outils de détection (capteurs, drones, vidéosurveillance) générateurs de données, à des outils de conseils et d’aide à la décision, qui croisent les données internes à l’exploitation et externes pour optimiser les actions de l’agriculteur. Ce mode collaboratif, où les données sont partagées entre les agriculteurs, est le principe du réseau Farmers Business Network (FBN) aux Etats-Unis, dans lequel Google est le premier investisseur.

Pourquoi cette agitation ? Parce que ce n’est que le début !

Nous l’avons vu, les données générées par les agriculteurs sont déjà là, en grand nombre. Ces données sont pour l’instant exploitées de manière empirique et dispersée. Nous sommes pourtant à l’aube de ce phénomène, les développements technologiques en cours et à venir, que ce soit sur des outils de détection ou sur du traitement de l’information, vont faire progresser la courbe des datas de façon exponentielle !

Ainsi, comme dans les autres secteurs en pleine transformation, on assiste à une profusion de start-ups qui proposent de nouveaux services et qui révolutionnent un modèle déjà bien en place. C’est le cas par exemple d’Airinov, société de cartographie agronomique par drone utilisant des capteurs adaptés aux productions végétales. La start-up Weenat  développe des capteurs sans fils à positionner dans le champ avec mesures et analyses de données climatiques en temps réel. Ou de la plateforme WeFarmUp, lancée le 6 octobre dernier, qui propose aux agriculteurs de partager leur matériel agricole.

Pourquoi cette agitation ? Parce que les données valent de l’or !

Quel est l’objectif principal des agriculteurs ? Développer la rentabilité de leur exploitation. Comment ? En améliorant la productivité de leurs cultures, de leur élevage, tout en réduisant les charges liées à l’activité, par exemple en réduisant l’utilisation notamment des produits phytosanitaires.

Nous avons vu qu’une bonne exploitation des données produites et captées sur la ferme pouvait contribuer à l’atteinte de cet objectif. Un business fondé sur le traitement des données agricoles se met donc en place. Google l’a bien compris, FBN commercialise ainsi son service d’analyse de données partagées entre agriculteurs sous forme d’un abonnement unique de douze mois, à 500 dollars par mois. Monsanto teste aux Etats-Unis le système FieldScripts qui collecte les données issues des machines des agriculteurs et en tire des recommandations sur les semis, ce service étant facturé 20 dollars par hectare.

Pourquoi cette agitation ? Parce que l’exploitation des données inquiète !

Ces nouveaux business des données agricoles posent la question de la propriété de ces données. Une question qui ne s’était pas posée auparavant dans le secteur agricole. De plus, il faut le dire, le métier d’agriculteur est un métier vieillissant (âge moyen : 48,7 ans en 2014), moins à l’aise avec les outils numériques, et donc encore plus méfiant.

L’inquiétude justifie que le monde politique s’empare du sujet. Ainsi, les députés organisaient, le 2 juillet dernier, une audition sur le sujet à l’Assemblée Nationale. La question à traiter : l’avance technologique américaine sur le sujet peut-elle se traduire par une atteinte à l’indépendance des productions ? En d’autres termes : certains tracteurs français pourraient-ils envoyer des données aux géants industriels, et donc mettre en péril les éléments de compétitivité de notre belle agriculture française ?

Non, selon un accord aux Etats-Unis, qui indique qu’aucune donnée ne peut être collectée sans le consentement de l’agriculteur. Mais cela pousse la France et l’Europe a une vraie prise de conscience.

Pourquoi cette agitation ? Parce qu’une prise de conscience est en cours.

Depuis le mois de septembre 2015, plusieurs faits marquants ont alimenté le buzz et témoignent de la prise de conscience des acteurs pour le sujet du Big Data.

16 septembre 2015 : Parution du livre Agronuméricus – Internet est dans le pré, où Hervé Pillaud, « Ageekulteur » producteur laitier passionné des nouvelles technologies, dévoile tout l’intérêt que peuvent avoir les nouvelles technologies, et en particulier le Big Data, pour l’Agriculture. Hervé Pillaud invite ses pairs agriculteurs à prendre le virage du numérique et à s’organiser pour pouvoir en bénéficier « Agir ou subir, il nous faudra choisir ! ».

En novembre, le « think thank » Renaissance numérique, qui s’intéresse à l’impact de l’informatique et d’internet sur la société, a publié un rapport composé de seize mesures pour permettre aux agriculteurs de profiter des nouvelles technologies, et invite les acteurs du monde agricole, dont les coopératives agricoles, à s’organiser afin de garantir que les bénéfices reviennent aux agriculteurs.  

Une prise du conscience qui s’est également exprimée le 22 octobre 2015 lors de la présentation du rapport « Agriculture – Innovation 2025 » par le Ministère de l’Agriculture :

« Les données d’une exploitation auront une valeur économique très importante, assure Axelle Lemaire, secrétaire d’Etat au numérique. Les agriculteurs ne doivent pas s’en faire déposséder par des sociétés qui en chercheront un usage lucratif. De grands géants industriels ont compris l’importance de ces données agricoles. »

Un seul mot d’ordre donc, qui devient un enjeu national : la transparence, la collaboration, la mutualisation d’informations et de données, pour favoriser l’innovation via les start-ups et le développement de la productivité de l’agriculture française.

Par Adeline Coustenoble
En savoir plus : Interview d’Hervé Pillaud par Visionarymarketing
http://www.mbamci.com/agriculture-et-big-data/

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