Les données personnelles vont « disrupter » la Culture… Et la Cnil a imaginé comment

ANALYSE Netflix, Spotify… les nouveaux business models de l’industrie culturelle viennent désormais massivement s’alimenter en données personnelles. La CNIL s’en est dernièrement inquiétée dans un rapport de prospective.  Mais qui dit prospective, dit aussi tendances à moyen et long terme. En continuant de jouer son rôle de garante des libertés, la commission entrevoit aussi de futurs scénarios d’usage pour le moins prometteurs… voire des innovations de rupture.

Les données personnelles vont disrupter la Culture... Et la Cnil a imaginé commentLes données personnelles vont « disrupter » la Culture… Et la Cnil a imaginé comment© r2hox / Flickr

Dans le dernier numéro de ses cahiers d’études consacrés à l’innovation et à la prospective, la Cnil consacre 84 pages à l’avenir des industries créatives. Un avenir qui verra les données personnelles servir de formidable levier d’innovation, selon la commission… qui glisse aussi dans son rapport quelques mises en garde.

Un exercice frôlant la dystopie ? Pas du tout. La commission a bien compris que c’est en marchant main dans la main avec les porteurs d’innovation qu’elle pourra assurer au mieux sa mission de service public de garante des droits et libertés. Elle présente ainsi l’exercice de prospective comme « un appel à l’innovation (…) pour relever le défi de l’éthique et de la confiance », et s’intéresse aux mutations en cours et à leurs perspectives. A travers cet exercice de futurologie, elle dresse le portrait robot de ce à quoi pourrait bien ressemblait la culture dans 5 ans.

CAPTER HUMEURS ET CONTEXTE AU QUOTIDIEN

Selon la Cnil, la  prochaine révolution passera par l’exploitation des données de contextualisation. Où, quand, et comment utilisez-vous le service ? Jadis inatteignable sinon au prix de sondages coûteux, la numérisation des industries culturelles rend désormais certaines de ces informations directement accessibles : combien de temps passez-vous à lire un chapitre donné de votre e-book, quels sont vos musiques ou vos films préférés selon l’heure de la journée …

 

Une tendance promise à s’accentuer. Demain, une partie majeure de ces données seront fournies par les objets connectés, prévoit le rapport. Et si le recours aux capteurs pour la santé connectée se démocratise, nos données physiologiques pourraient même être croisées avec nos statistiques d’utilisation… puis être corrélées avec nos humeurs.

 

L’intérêt, in fine ? Personnaliser au mieux les recommandations personnalisée pour, par exemple, passer la bonne musique au bon moment … voire se passer carrément d’interface utilisateur (et de bouton pour déclencher la lecture), dernière barrière entre le consommateur et le service.

 

CES HISTOIRES DONT VOUS ÊTES LE HÉROS

Conséquence de la numérisation des supports, la narration transmédia, qui utilise de façon combinée différents médias, devient une pratique de plus en plus courante. Les webseries, qui percent sur les réseaux en ligne (Youtube…) pour finir sur le petit écran en sont un exemple contemporain. Avec la collecte de davantage de données, vient une connaissance plus fine du consommateur, et la capacité à lui proposer une offre adaptée.

En continuant à proposer des contenus linéaires ? Pas forcément. L’interactivité s’invite aussi dans la fiction, comme le montre depuis quelques décennies le secteur du jeu vidéo. Un phénomène qui pourrait s’étendre jusqu’au livre numérique : avec l’analyse technique des données de lecture (passages préférés, analyse sémantique…), et la captation des données de contexte, le livre de demain sera peut-être en partie écrit par des algorithmes, s’adaptant aux émotions perçues du lecteur. La donnée n’informe alors plus seulement sur l’usage du contenu : elle devient à son tour contenu.

ABATTRE LES SILOS ENTRE SECTEURS

Une révolution annoncée pour la culture… et rien qu’elle ? Non : ces tendances vont abattre les silos entre l’industrie des loisirs et les autres, prophétise la Cnil. Déjà à l’œuvre avec le serious gaming, elle permet à l’interactivité du jeu de s’inviter dans des secteurs où on ne l’attend pas. A travers l’un des cas de cet exercice de prospective, la CNIL imagine qu’en 2019, les chirurgiens utiliseront peut-être des outils de formation en réalité virtuelle conçus comme des jeux vidéo, bâtis sur les données captées lors d’opérations réelles. Comme si la possibilité de disruption numérique des industries culturelles portait aussi, en définitive… la possibilité de leur dissolution.

SARAH SERMONDADAZ

http://www.usine-digitale.fr/editorial/les-donnees-personnelles-vont-disrupter-la-culture-et-la-cnil-a-imagine-comment.N364130

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