Le Big Data au service de la lutte contre le terrorisme

Les attaques terroristes du vendredi 13 novembre 2015 à Paris par une poignée de jeunes islamistes radicalisés qui ont fait des centaines de morts et de blessés, pour la plupart dans la fleur de la jeunesse eux-mêmes, est un déni de civilisation. Les parents des victimes et celles et ceux qui survivront, dont certains gravement blessés, resteront à jamais marqués par cette abomination, et notre pays est tout entier meurtri.

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Et n’en déplaise aux abrutis qui voudraient imiter cette folie sanguinaire, le concept de civilisation reposant sur les valeurs universelles de tolérance, d’humanité et de respect de la liberté et de la vie d’autrui, a un sens. « Liberté, Egalité, Fraternité » a rappelé le Président Obama dans son allocution au soir des attentats : la devise républicaine résonne dans le monde.

Il faut s’attaquer aux causes bien sûr. Mais ne sont-elles pas connues depuis des dizaines d’années ? Le chaudron du Moyen-Orient alimenté par la lutte pour l’accès aux richesses pétrolières, la guerre fratricide entre Chiites et Sunnites, l’absence de véritable alternative aux dictatures déchues, sans parler des problèmes internes à notre pays notamment en matière de suivi et d’éducation de jeunes en déshérence pour lesquels la haine meurtrière propagée, de plus en plus souvent via internet, par des imams radicalisés leur semble la seule façon d’exister. Pas plus que la France, l’Europe ne parviendra seule à éradiquer ces causes. De même qu’ériger des murs pour refouler les réfugiés ne servira à rien, en dehors du fait que nous manquerions à notre devoir humanitaire et contreviendrions à la Convention de Genève de 1951 sur les réfugiés.

 

Il y a une urgence : assurer la sécurité des populations. Le Président français, François Hollande, l’a bien compris. En utilisant l’expression « acte de guerre » pour désigner le massacre perpétré par les terroristes aux lieux des plus forts symboles de la liberté et de la diversité – au Stade de France ainsi que dans les cafés et dans un théâtre du cœur de la capitale – il nous a adressé le message suivant lequel, au-delà des forces militaires et de police, c’est à chacun d’entre nous de veiller à la sécurité de tous. Il faut continuer à vivre comme avant, mais sans baisser la garde. La contribution des services de renseignements est à cet égard irremplaçable. Il est frappant de constater par exemple que lors de leur dernier débat télévisé, les trois candidats démocrates à la présidence des Etats-Unis (Hillary Clinton, Bernie Sanders et Martin O’Malley) ont tous insisté sur la nécessité de renforcer les moyens de ces services.

 

La même nécessité s’impose en Europe où il est notamment indispensable de permettre aux services de sécurité d’accéder aux données personnelles pour débusquer des projets d’attentats ou retrouver les auteurs de ces crimes. C’est pourquoi, deux récentes décisions de la Cour de Justice de l’Union européenne ne peuvent qu’apparaître fort éloignées des réalités du danger terroriste. La première est un arrêt du 8 avril 2014 concernant une directive de 2006, adoptée après les attentats terroristes de 2005 dans le métro londonien, précisant les obligations des opérateurs téléphoniques en cas de demande d’accès des services de sécurité aux données de certains abonnés. Les opérateurs se voyaient obligés de conserver les données entre six mois et deux ans, mais la Cour a estimé que cela était insuffisamment protecteur de la vie privée des personnes et a donc annulé la directive.

Par son arrêt du 6 octobre 2015 sur l’affaire « Maximilian Schrems », ce jeune avocat autrichien qui contestait l’éventualité que la NSA (National Security Agency)  aux Etats-Unis puisse demander accès à son compte Facebook, la Cour a censuré le système de transfert des données EU/US dit safe harbor qui permettait à 4000 entreprises américaines d’échanger librement, sans autorisation au cas par cas, sur le réseau informatique. Résultat : la directive de 2006, qui serait pourtant fort utile, n’est toujours pas remplacée, tandis que les échanges entre l’Europe et les Etats-Unis se trouvent affectés par la suppression du safe harbor.

A l’heure où la sécurité est vécue comme une des conditions de la liberté, cette jurisprudence doit évoluer. Le Big Data n’est pas un mal en soi. S’il est correctement maîtrisé et contrôlé, il peut servir à accroître notre sécurité, s’en priver serait une faute. Les risques d’atteinte à la vie privée ne peuvent prévaloir sur le sauvetage de vies humaines, quand le danger est si considérable et omniprésent !

par Noëlle Lenoir

http://blogs.lexpress.fr/noellelenoir/2015/11/15/le-big-data-au-service-de-la-lutte-contre-le-terrorisme/

 

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