La guerre du Big Data passera par l’Afrique

 » Big Data »  C’est ce qu’on appelle un buzzword. Un mot utilisé par tous et maîtrisé par peu..

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Au-delà de l’effet de mode, les apports pour l’Afrique de cet amas de données peuvent être immenses : appui à l’innovation africaine pour rattraper son retard économique, appui au développement du continent…. Tour d’horizon d’un terme qui peut être salvateur…

Le Big Data pour les novices, c’est un gros volume de données créé par les téléphones, les réseaux sociaux, les e-mails etc… Ces données sont générées à une vitesse exponentielle, évoluent tout autant et proviennent d’une immense variété de sources. On parle de données de masse, des informations relatives à des personnes identifiées qui sont conservées dans des systèmes informatiques fonctionnant comme des étagères : ce sont les bases de données. Et ces données vont très vite. Par exemple, depuis que vous lisez cet article, 50 millions de mails ont été échangés dans le monde, 1.230.000 statuts Facebook partagés et 300 sites ont créés. Il y a tellement de données aujourd’hui que 90% de ces données ont été créées ces deux dernières années. Et l’Afrique n’est pas en reste.
Une connaissance accrue dans l’exploitation de ces données de masse nous permettrait non seulement d’étendre le spectre et la portée effective des innovations en Afrique mais aussi d’amplifier de manière concrète l’apport du digital dans la croissance du continent.
En effet, l’Afrique a fait un bond inédit ces dix dernières années, en passant d’une téléphonie fixe balbutiante à un taux de pénétration mobile de 32% ainsi que la plus importante croissance d’abonnements mobiles dans le monde. Une croissance exponentielle qui s’explique à la fois par la position d’early adopters propre aux Africains mais aussi par la capacité que nous avons d’adapter les outils à nos besoins.

Cela donne une Afrique de plus en plus connectée produisant de plus en plus de données.!
Si la prédominance mobile fait naturellement des opérateurs de téléphonie des pourvoyeurs de données, l’effervescence du secteur digital devrait se traduire dans les années à venir par une multiplication des points de collectes : jeux, applications, achats en ligne, objets connectés… Les connexions seront plus rapides et plus fluides et permettront aux usagers d’Internet d’utiliser leurs téléphones comme des postes de loisirs. Ils s’inscriront à plus de newsletters, posteront plus de commentaires sur les réseaux sociaux, feront plus de recherches sur Internet… Ils donneront de plus en plus d’indications sur leurs besoins permettant ainsi aux entreprises africaines d’anticiper. Selon Cisco, en 2017, le trafic de données mobiles atteindra 860.000 téraoctets par mois soit l’équivalent de 2374 millions de sms par seconde dans la seule zone Moyen Orient Afrique… Pourtant on parle de Big Data en Afrique, les avis restent encore partagés : comment avec un accès aussi restreint à Internet peut-on parler de données de masse ? La réponse est simple, on y inclut les dark data, toutes ces données stockées sur ordinateurs non connectés, sur des clés, archives papier etc…

Nous devrons pourtant rapidement faire preuve de pragmatisme et parfaire l’utilisation que nous avons de ces données. il est crucial que les acteurs des secteurs privé et public, les utilisent pour optimiser leurs prises de décisions. Dans le cas du secteur public, l’analyse des données de masse pourrait accompagner et orienter la lutte contre la cybercriminalité en permettant de filtrer les activités en temps réelles les différentes activités et limiter les potentielles attaques. Rien qu’en Afrique du Sud, les pertes liées à la cybercriminalité représente 329 millions € par an. Même combat pour le secteur privé : au Nigéria, c’est la bagatelle de 153 millions € que perdent les banques chaque année. Prenons l’exemple au Cameroun du réseau de bus défectueux et jugé inefficace. En sachant à quelle heure et comment se déplacent les populations l’état pourrait mettre en place un réseau optimisé, installé les arrêts de bus à des endroits adéquats, planifier les flux et les passages etc… Là où l’occident ne peut qu’améliorer les choses, l’Afrique a la possibilité de créer un monde intelligent dont les retours sur investissement seraient générés par l’optimisation de son utilisation. De la gestion des ressources humaines aux prises de décisions marketing, le Big Data peut améliorer les performances des entreprises du secteur privé. Les PME, tout particulièrement devraient y trouver le moyen d’être plus compétitives face aux géants de leurs domaines qui ont longtemps gardé le monopole : les données de masse participeront à l’essor d’une concurrence saine et à un boom, ou tout au moins, à la diversification du paysage économique. Les entreprises ont donc tout intérêt à y investir.

Pourtant ce sont elles qui gagneraient le plus à embaucher. Les solutions alternatives comme faire appel à des agences spécialisées peuvent palier au problème et contribuer à faire évoluer l’écosystème dans un cercle vertueux qui lui permettra de progresser mécaniquement. Avec un point clé : mettre l’humain au centre des données, comprendre les évolutions derrière les chiffres qui décrivent des comportements. Les métiers des entreprises en seront aussi bouleversés : les départements Marketing et Vente devront travailler conjointement avec les data scientists ou les prestataires de données. Pour ce faire les responsables de ces départements devront impérativement suivre des stages en immersion. Ces formations courtes leur permettront d’évoluer et d’insuffler la culture des données dans les prises de décision des entreprises. . De même, les écoles de la sous-région forment des statisticiens et des mathématiciens aguerris. Les entreprises locales pourraient leur permettre de consolider leur éducation en sponsorisant leurs formations dans des cursus courts spécialisés dans le big data. Enfin, la problématique des données appelle à celle du stockage : où et comment le continent stockera-t-il toutes les données collectées ? Il n’y a pas encore assez de datacenters sur le continent.

En 2020, le Big Data contribuera à hauteur de 8% au PIB de l’Europe. Cela pourrait représenter le double en Afrique si nous mettons tous les atouts de notre côté pour gagner la guerre des données. Des solutions pour pallier aux difficultés existent : former le personnel au sein d’entreprises spécialisées dans les datas pour les sensibiliser aux enjeux ; investir dans des écoles qui perfectionnent la formation des statisticiens en offrant des options liées aux datas ; intégrer de manière systématique l’analyse de données dans les actions liées à l’innovation ; créer une culture des chiffres ce qui commence par les politiques et les administrations : pourquoi et comment poursuivre une telle politique ? ; explorer les pistes de datacenter virtuels pour pallier au manque d’infrastructure… Il est temps pour l’Afrique de s’armer.

Par Kouaba
http://kouaba.com/blog/guerre-big-data-afrique/

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