Et si la Data nous permettait de diminuer le gaspillage alimentaire ?

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En bonne communicante Ségolène Royal a fait conclure un accord à la volée pour compenser la censure du conseil constitutionnel de l’article relatif au gaspillage alimentaire (qui avait été incorporé dans la loi sur la transition énergétique).
On peut évidemment discuter de la forme, il n’était pas forcément utile de pointer du doigt une énième fois la grande distribution qui n’est pas la plus à la traîne sur le sujet, mais force est de reconnaitre que des décisions ont été actées par la Ministre…
Le travail remarquable de Guillaume Garot , à l’origine de toutes les initiatives politiques dans ce domaine, ne restera donc pas lettre morte.
Tout le monde peut donc se féliciter de cet accord qui stimule et encadre les dons aux associations.

Un rendez-vous manqué

Mais cet épisode est également un rendez-vous manqué supplémentaire.
L’État une fois de plus n’a pas su faire preuve d’imagination et s’est contenté d’appliquer les mêmes méthodes : accoucher d’une production juridique tout en dénonçant une catégorie d’acteurs (aujourd’hui les distributeurs, hier Uber face aux taxis).
Les ministres doivent cesser de penser que nous attendons d’eux de nouvelles lois, comme si la création de normes était une fin en soi, la valeur étalon de leur action!
Les politiques se trompent d’objectif, il faut remplacer l’inflation législative par l’imagination disruptive.

Déléguer l’innovation

L’État devrait cesser de poursuivre seul les missions d’ordre public, il devrait déléguer l’innovation et la formulation des solutions aux forces vives déjà en place.
Il ne doit pas s’appuyer uniquement sur les réseaux associatifs, mais accepter de se reposer sur les entreprises privées qui poursuivent la même mission que lui.
Sur le gaspillage alimentaire les initiatives ne manquent pas, le social business est un vrai terreau d’innovation en France.

Que ce soit Zero-gâchis, Wearephanix, ou les précurseurs Eqosphère qui travaillent auprès de la grande distribution pour réduire le gaspillage via des circuits d’économie circulaire, ou bien encore Checkfood l’application qui aide les ménages à ne plus jeter d’aliments chez eux, toutes ces start-ups ont imaginé des solutions qui sont des réponses concrètes à l’ambition du gouvernement de faire baisser le gaspillage de moitié pour 2025.

Imposer la date de péremption dans les codes barres

L’État peut capitaliser sur cet ecosystème d’entrepreneurs sociaux et leur offrir, non pas une loi, mais des moyens qui leurs permettent d’aller plus loin et plus vite.
Et ces moyens ce n’est pas de l’argent mais de la DATA.
Ségolène Royal se rendrait encore plus utile si elle prenait la décision qui changerait totalement la donne sur la lutte contre le gaspillage alimentaire : rendre obligatoire la présence de la donnée « date » (DLC ou DLUO) dans les codes barres.
En effet, en rendant actif cette donnée l’Etat permettrait à ces start-up et aux associations concernées de gérer de manière beaucoup plus efficace ces dons.
Prenons l’exemple concret de Checkfood dont le principe est d’alerter le consommateur lorsqu’un produit acheté va bientôt être périmé. Une fois reçu la notification sur son portable le consommateur a deux choix : manger ou donner (le produit est alors automatiquement géolocalisé et mis à disposition des associations).
Si les codes barres comprenaient les dates, les informations pourraient être enregistrées automatiquement, levant ainsi les freins à l’usage par le grand public. L’enjeu est énorme car si nous arrivions à transformer le gaspillage des ménages en dons, ce serait jusqu’à 264 000 tonnes de distribués, soit potentiellement 520 Millions de repas offerts à ceux qui en ont besoin !

La data, une question centrale

La question de la data est donc centrale car elle débloquerait les freins auxquels ces acteurs sont confrontés dans leur organisation.
D’autant plus qu’avec l’open data toutes les mesures issues du gaspillage pourraient être analysées par une instance indépendante qui irriguerait l’ecosystème de données précieuses et aideraient à analyser quelles sont les sources principales de gaspillage.
L’Etat pourrait alors grâce à ces data travailler avec la grande distribution sur l’autre pan de cette lutte : la surproduction.
Nous avons tous intérêts à savoir ce qui est sous-consommé (donc gaspillé) pour éviter de sur-produire.
Cette politique irait en outre dans le sens des décisions attendues pour la planète lors du COP21 que ce même gouvernement préside …

Arno Pons, Directeur général de l’agence de communication digitale 5eme Gauche, enseignant à SciencesPo.

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