Entre génétique et numérique, les agriculteurs à l’heure du « big data ».

Quand le salon de l’agriculture attirait à Paris personnalités politiques et grand public, le moins médiatique Mondial des Fournisseurs de l’Agriculture et de l’Élevage, le SIMA-SIMAGENA, réunissait à Villepinte éleveurs et agriculteurs autour des dernières innovations du secteur.

Pour nourrir les sept milliards d’humains attendus à l’horizon de 2050, les secteurs de l’agriculture et de l’élevage doivent encore et toujours évoluer. Dans les allées de la 76è̀me exposition internationale biennale des fournisseurs de l’agriculture et de l’é́levage, plus vieux salon au monde de la profession, au produire plus, on préfère désormais opposer le produire mieux. Concrètement, le secteur veut en finir avec le gâchis.

Pour y parvenir, il compte, notamment, sur les objets connectés. Leur données de précision sont une révolution depuis les semailles jusqu’à la récolte, en passant par le traitement etl’irrigation, pour un agriculteur qui veut évaluer et anticiper au plus juste. Demain, on ne lèvera plus seulement le nez pour guetter le soleil ou la pluie, on s’appuiera sur les résultats de « big datas » modélisées d’après les années précédentes et les configurations semblables. Dans les champs, on sèmera mathématiquement et sans perte, de même, on arrosera pile sur la graine la quantité nécessaire.

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L’éleveur sera, lui, plus à l’écoute de sa vache, en étant plus à distance, mais en enregistrant à l’aide de tapis connectés le moindre de ses mouvements. Des instructions peuvent aussi être envoyées à l’animal, par le même canal, sous forme de vibrations à des moments clés qui le stimulent à se rendre à la traie ou à la mangeoire.

L’agriculteur de demain : un « geek » des champs ?

Retour aux fondamentaux de la terre
La terre revient au premier plan et la géostatistique est promise à un bel avenir dans ce domaine, selon Gilbert Grenier, enseignant-chercheur à Bordeaux Sciences Agro. Les traitements phytosanitaires étant de plus en plus encadrés, et certains produits voués à être interdits, on en revient aux fondamentaux de l’agronomie, tels qu’édictés par Olivier de Serres, père fondateur de la discipline au XVIIe siècle.

La formation suit le mouvement. Dans les meilleurs cursus d’ingénieurs agronomes, le principe est de savoir jouer davantage avec la nature qu’avec les poisons en optimisant les cultures avec, par exemple, une rotation de cultures différentes sur des parcelles de taille raisonnable dont les plantes, non seulement n’appauvrissent pas les sols, mais éventuellement les équilibrent.

Les déchets transformés en revenu additionnel
Pour achever la diversification des exploitations, les installations de méthanisation pour transformer les déchets des cultures et de l’élevage en énergie fournissent déjà un revenu additionnel aux exploitations qui en sont équipées. Il reste toutefois plus avantageux en France de revendre l’énergie produite que de fonctionner en auto-alimentation, alors que de l’autre côté du Rhin on privilégie cette dernière option. Les professionnels du secteur déplorent d’une même voix une volonté politique insuffisante dans l’Hexagone pour que ce modèle de transition énergétique se développe pleinement.

Quant aux jeunes futurs agriculteurs, issus d’une génération biberonnée au numérique, la perspective de gérer leur exploitation plus souvent depuis un écran que depuis le siège d’un tracteur a tout pour les séduire.

Par Michele Warnet

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